HISTORIQUE DE LA MALADIE D’ALZHEIMER

En 1907, la maladie éponyme a été identifiée par le psychiatre et neuropathologiste allemand Aloïs Alzheimer (1864-1915). Il étudia le cas d’Auguste Deter, une patiente de 51 ans admise à l’Hôpital de Frankfort pour cause de démence. Elle présentait des troubles de la mémoire, un mutisme, une désorientation et des hallucinations. Après la mort de sa patiente, Alzheimer pratiqua l’autopsie de son cerveau et décrivit les deux lésions neuropathologiques principales de la maladie d’Alzheimer : les plaques séniles et les dégénérescences neurofibrillaires. Il conclut à une « maladie particulière du cortex cérébral ».

En 1910, le nom de « maladie d’Alzheimer » fut donné à cette pathologie. Il est à noter que d’autres scientifiques ont participé à cette découverte : le psychiatre et neuropathologiste tchèque Oskar Fischer (1876-1942) avait décrit la présence des plaques séniles dans le cerveau de 12 patients âgés atteints de démence, et le médecin italien Gaetano Perusini (1879-1915), collaborateur d’Aloïs Alzheimer, a également contribué fortement à la découverte de cette pathologie.Le développement de nouveaux outils d’analyse (la microscopie, la coloration des coupes de tissu cérébral etc…) a permis à d’autres neurologues et psychiatres de décrire plus précisément la maladie d’Alzheimer et de la définir en tant qu’entité clinique.

C’est dans les années 80 que les constituants biologiques des deux lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer ont été identifiés : la protéine bêta-amyloïde (Aβ) a été mise en évidence en 1984 par le pathologiste américain George Glenner comme étant le constituant majeur des plaques séniles. Le belge Jean-Pierre Brion a mis en évidence en 1985 la présence de la protéine tau anormalement phosphorylée accumulée dans les dégénérescences neurofibrillaires.

Dans les années 90, plusieurs gènes, responsables de la transmission de la maladie d’Alzheimer au sein de certaines familles, ont été identifiés : le gène APP situé sur le chromosome 21 (une de ces mutations a été découverte en 1991 par la présidente du comité scientifique de LECMA-Vaincre Alzheimer le Dr. Marie-Christine Chartier-Harlin) ; les gènes PS1 et PS2, respectivement situés sur les chromosomes 1 et 14. Ces gènes mutés sont responsables de formes familiales précoces de la maladie (avant 60 ans). En 1993, il a été montré que l’allèle Apoε4 est le principal facteur de susceptibilité génétique dans le développement de la forme sporadique de la maladie d’Alzheimer. L’Apoε4 reste malgré tout un facteur de risque et il n’est pas suffisant pour développer à lui-seul la maladie.

Depuis 20 ans, de nombreux progrès dans le domaine de la recherche ont été réalisés. On connait de mieux en mieux les lésions de la maladie d’Alzheimer et leur progression dans le cerveau ; les tests diagnostiques sont beaucoup plus spécifiques, grâce, entre autres, aux biomarqueurs précoces de la maladie; de nouveaux facteurs de risque ont été identifiés; et le développement de nouveaux modèles expérimentaux a aidé à mieux comprendre les mécanismes moléculaires qui amènent à la maladie d’Alzheimer, ce qui a permis d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.